Deux mois après l’attaque des professions réglementées : une riposte en ordre déployé

À la suite des déclarations de l’ancien ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, prononcées au début de l’été sur les professions dites réglementées, les organisations professionnelles attaquées ont tenu à réagir. En effet, une contre-offensive protéiforme s’est organisée au cours de la trêve estivale et s’est déployée dès la rentrée, coïncidant d’ailleurs avec le départ du ministre et son remplacement par Emmanuel Macron. 

La réponse des pharmaciens : La vérification par les faits

C’est l’Ordre National des Pharmaciens (ONP) qui a lancé en premier la riposte contre le rapport de l’Inspection Générale des Finances (IGF) dénonçant les 37 professions réglementées et sur lequel s’était basé Arnaud Montebourg pour annoncer la préparation d'une « loi pour la croissance »[1]. En effet, dès le vendredi 22 août 2014, une contre-étude[2] argumentée et détaillée de l'ONP était remise à l'Elysée, Matignon, la ministre de la Santé et bien entendu à Arnaud Montebourg. De plus, l’ONP a rendu public le fact-checking  du rapport de l’IGF concernant la profession de pharmacien titulaire d’officine pour en démontrer publiquement les erreurs et prendre le contre-pied de la non-publication de ce document. Cette démarche a permis à l’ONP de dénoncer les conclusions du rapport de l’IGF en affirmant qu’il était fondé sur « une densité stupéfiante d’approximations et d’aberrations ». L’ONP a doublé cette démarche par la publication d’une enquête réalisée auprès de 3 000 pharmacies sur l'évolution des tarifs des médicaments non remboursables et qui conteste la thèse de l'IGF d'une flambée des prix. Cette stratégie de la vérification par les faits signale une démarche particulièrement cartésienne qui a l’avantage de s’appuyer sur des données fiables, l’approximation des chiffres du rapport de l’IGF constituant le cœur de l’argumentaire visant à le dénoncer.

La réponse des notaires : le franchissement d’une nouvelle étape avec la manifestation du 17 septembre

Jeudi 4 septembre, c’était au tour du Conseil supérieur du notariat (CSN) de publier un document répondant point par point au rapport de l’IGF. La stratégie des pharmaciens a donc inspiré d’autres professions réglementées. La démarche de fact-checking se révèle ainsi comme un fondement essentiel pour contester le rapport de l’IGF. Toutefois, cette profession, traditionnellement habituée à un droit de réserve relativement consensuel s’est tournée vers une démarche inédite. En effet, le CSN a appelé l’ensemble des notaires de France à manifester le 17 septembre dernier à Paris et dans toute le pays contre le projet de réforme initié par Arnaud Montebourg. Cette initiative a été accompagnée la veille par une grande campagne d’affichage dans la presse nationale (20 minutes, Libération, Les Echos, Le Figaro et L’Opinion) avec la publication d’une lettre ouverte aux Français et l’annonce du mouvement du 17 septembre. À l’aide d’une organisation de l’événement confiée à une agence de communication spécialisée (écrans géants, produits dérivés, caméra sur bras articulé, slogans, dresscode des manifestants, etc.), cette manifestation parisienne a bénéficié d’un important relai médiatique au niveau national et a accentué la pression sur les pouvoir publics.

La réponse des huissiers : l’efficacité de l’appel à la grève

Un autre mouvement social inhabituel s’est organisé entre les mois d’août et de septembre, en réponse à l’attaque d’Arnaud Montebourg à l’encontre des professions réglementées. Il s’agit des huissiers de justice qui ont manifesté lundi 15 septembre dernier devant le Palais de Justice de Paris. En amont de cette manifestation, le président de la Chambre nationale des huissiers de justice a adressé une lettre ouverte au Président de la République. Par la suite, la manifestation du 15 septembre avait donné le départ d’une grève générale et illimitée des huissiers de justice à l’échelle nationale. Comme pour le cas des notaires, c’est une agence de communication qui avait été chargée de préparer des banderoles et d’acheter des pages de publicité dans la presse pour annoncer le mouvement. À la suite de cette grève particulièrement suivie, les représentants des huissiers ont été reçus dans la matinée du mercredi 17 septembre par Christiane Taubira et Emmanuel Macron. C’est ainsi que la chambre nationale des huissiers annonçait le même jour, aux alentours de midi, la suspension de la grève, votée un peu plus tôt en assemblée générale. La solution de la grève illimitée est une option radicale mais qui a montré sa puissance en obtenant des résultats en quelques jours seulement.

L’avenir de la mobilisation : un pour toustous pour un ?

On le voit bien ici, l’attaque de Bercy à l’encontre des professions réglementées a bien provoqué toute une série de réponses sectorielles à la chaine. Mais il n’y a pas eu de réponse unique, forte et massive, et ce, malgré l’intervention de l’Union nationale des professions libérales (UNAPL) sous l’axiome « l’union fait la force ». À titre de rappel, en opposition avec la réforme des professions réglementées, l’Unapl a porté une première tentative d’union en annonçant un mouvement national qui se matérialisera par une journée de grève « sans professionnels libéraux » le 30 septembre prochain. En plus de cette journée d'action, l'Unapl a également décidé de soutenir les manifestations des huissiers et des notaires, tout en mettant en œuvre un dispositif de lobbying auprès des parlementaires et des élus locaux et en lançant une pétition en ligne. Or, toutes ces actions menées par l’Unapl ne doivent pas masquer une réalité, à savoir l’individualisme – pour l’instant – des contre-attaques visant à défendre les professions réglementées.


[1] essentiellement basée sur la réforme des professions dites réglementées et l'assouplissement du travail le dimanche

[2] Réaction de l’ordre national des pharmaciens à l’étude de l’inspection générale des finances concernant la profession de pharmacien titulaire d’officine